{"id":293,"date":"2026-07-31T15:41:27","date_gmt":"2026-07-31T15:41:27","guid":{"rendered":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/?p=293"},"modified":"2026-07-31T15:41:27","modified_gmt":"2026-07-31T15:41:27","slug":"lorsque-les-montagnes-redeviennent-des-montagnes-les-trois-regards-du-zen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/2026\/07\/31\/lorsque-les-montagnes-redeviennent-des-montagnes-les-trois-regards-du-zen\/","title":{"rendered":"Lorsque les montagnes redeviennent des montagnes &#8211; Les trois regards du zen"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une parole attribu\u00e9e au ma\u00eetre chinois Ch\u2019ing-yuan Wei-hsin r\u00e9sume en quelques lignes l\u2019ensemble du chemin spirituel :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant d\u2019\u00e9tudier le zen, les montagnes \u00e9taient des montagnes et les rivi\u00e8res \u00e9taient des rivi\u00e8res.<br>Lorsque j\u2019entrai dans la connaissance, les montagnes cess\u00e8rent d\u2019\u00eatre des montagnes et les rivi\u00e8res cess\u00e8rent d\u2019\u00eatre des rivi\u00e8res.<br>Maintenant que je suis parvenu au repos, les montagnes sont de nouveau des montagnes et les rivi\u00e8res sont de nouveau des rivi\u00e8res.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au commencement et au terme du chemin, le paysage para\u00eet identique. Pourtant, entre les deux, le regard a travers\u00e9 une transformation radicale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La montagne n\u2019a pas chang\u00e9. C\u2019est celui qui la regardait qui ne se tient plus devant elle de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces trois visions ne d\u00e9crivent pas seulement les \u00e9tapes de la pratique zen. Elles dessinent un itin\u00e9raire universel : celui qui conduit de la perception ordinaire \u00e0 la remise en question de nos repr\u00e9sentations, puis de cette travers\u00e9e \u00e0 une pr\u00e9sence renouvel\u00e9e au monde.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La montagne comme objet<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le premier regard, le monde semble aller de soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une montagne est une montagne, un arbre est un arbre, une personne est une personne. Chaque chose para\u00eet poss\u00e9der une identit\u00e9 stable, distincte de toutes les autres. Nous lui donnons un nom et croyons ainsi savoir ce qu\u2019elle est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette mani\u00e8re de percevoir est n\u00e9cessaire \u00e0 la vie quotidienne. Il faut distinguer un arbre d\u2019un rocher, reconna\u00eetre un chemin et identifier les \u00eatres avec lesquels nous vivons. Mais nous oublions facilement que les mots ne sont pas les choses. Ils d\u00e9signent le r\u00e9el sans jamais pouvoir l\u2019\u00e9puiser.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peu \u00e0 peu, nous ne rencontrons plus vraiment la montagne ou l\u2019arbre : nous rencontrons l\u2019id\u00e9e que nous nous en faisons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il en va de m\u00eame pour nous-m\u00eames. Nous croyons \u00eatre un Moi constitu\u00e9, continu et autonome. Nous nous identifions \u00e0 notre nom, \u00e0 notre histoire, \u00e0 notre caract\u00e8re et aux images que les autres nous renvoient. Nous disons : \u00ab Je suis ainsi \u00bb, comme si notre \u00eatre poss\u00e9dait la permanence d\u2019un objet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le monde appara\u00eet alors divis\u00e9 entre un sujet qui observe et des choses plac\u00e9es devant lui : moi ici, la montagne l\u00e0-bas.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019arbre vivant<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arbre permet de comprendre ce que le second regard vient bouleverser.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au premier abord, il para\u00eet \u00eatre un objet nettement d\u00e9limit\u00e9. Il poss\u00e8de un tronc, des branches, des feuilles et des racines. Nous pouvons le mesurer, le photographier et lui donner un nom.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, l\u2019arbre n\u2019est jamais immobile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il re\u00e7oit la lumi\u00e8re, absorbe l\u2019eau, puise dans la terre et \u00e9change avec l\u2019atmosph\u00e8re. Il abrite des insectes, des oiseaux, des champignons et d\u2019innombrables micro-organismes. Ses feuilles tombent et retournent au sol. Ses graines sont emport\u00e9es par le vent ou transport\u00e9es par les animaux. La mati\u00e8re dont il est form\u00e9 se renouvelle continuellement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">O\u00f9 commence alors l\u2019arbre et o\u00f9 finit-il ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-on le s\u00e9parer de la terre qui le nourrit, de la pluie qui l\u2019abreuve ou de la lumi\u00e8re qui le fait cro\u00eetre ? Peut-on comprendre son existence ind\u00e9pendamment des saisons, du climat et des autres \u00eatres vivants avec lesquels il \u00e9change ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arbre ne se r\u00e9duit pas pour autant \u00e0 l\u2019assemblage de ses parties. Un tronc, des racines et des feuilles dispos\u00e9s c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te ne constituent pas un arbre. Ce qui fait l\u2019arbre est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui ne peut \u00eatre isol\u00e9 : le mouvement vivant qui relie, organise et transforme tous ces \u00e9l\u00e9ments.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arbre n\u2019est donc ni une chose ferm\u00e9e ni une simple collection de mati\u00e8res. Son identit\u00e9 r\u00e9side dans une continuit\u00e9 vivante, non dans l\u2019immobilit\u00e9 de sa forme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il demeure l\u2019arbre alors que tout en lui se transforme.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Lorsque l\u2019arbre n\u2019est plus un arbre<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 mesure que le regard s\u2019approfondit, ce n\u2019est pas l\u2019arbre qui dispara\u00eet : c\u2019est notre certitude de savoir ce qu\u2019il est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mot \u00ab arbre \u00bb demeure utile, mais il ne contient pas la r\u00e9alit\u00e9 vivante qu\u2019il d\u00e9signe. Aucun de ses \u00e9l\u00e9ments ne peut \u00eatre isol\u00e9 et pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019essence d\u00e9finitive de l\u2019arbre. Son existence est ins\u00e9parable d\u2019un ensemble de relations qui la rendent possible.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ce que la pens\u00e9e bouddhique d\u00e9signe par la vacuit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Vide ne signifie pas que l\u2019arbre serait irr\u00e9el. Il ne d\u00e9signe pas davantage un n\u00e9ant cach\u00e9 derri\u00e8re les formes. Il signifie que rien ne poss\u00e8de une existence autonome, permanente et s\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arbre existe pleinement, mais il n\u2019existe pas seul.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dire qu\u2019il est vide revient \u00e0 reconna\u00eetre qu\u2019il ne se tient pas par lui-m\u00eame comme une chose close. Il est un \u00eatre vivant, mais aussi un passage : entre la terre et le ciel, entre l\u2019eau et la lumi\u00e8re, entre ce qui se d\u00e9compose et ce qui rena\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui est vrai de l\u2019arbre l\u2019est \u00e9galement du Moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque nous cherchons en nous-m\u00eames une identit\u00e9 immuable, nous rencontrons un corps, des sensations, des pens\u00e9es, des souvenirs et des d\u00e9sirs. Nous d\u00e9couvrons une histoire en mouvement, mais nulle part un propri\u00e9taire s\u00e9par\u00e9 qui demeurerait identique derri\u00e8re toutes ces transformations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme l\u2019arbre, nous existons pleinement, mais nous n\u2019existons pas seuls. Notre \u00eatre est relation, \u00e9change et devenir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Moi peut alors \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 une forme provisoire prise par la vie. Il est n\u00e9cessaire pour agir dans le monde, mais il ne constitue pas une forteresse int\u00e9rieure ind\u00e9pendante de tout ce qui l\u2019entoure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cette \u00e9tape, \u00ab les montagnes ne sont plus des montagnes \u00bb. Non parce qu\u2019elles auraient cess\u00e9 d\u2019exister, mais parce que les concepts par lesquels nous pensions les saisir ont perdu leur rigidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce n\u2019est pas le monde qui se dissout : c\u2019est l\u2019objet mental que nous avions plac\u00e9 \u00e0 sa place.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le danger de la n\u00e9gation<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette d\u00e9couverte comporte n\u00e9anmoins un danger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir cru que les choses existaient par elles-m\u00eames, nous pourrions conclure qu\u2019elles n\u2019existent pas du tout. Apr\u00e8s nous \u00eatre attach\u00e9s aux formes, nous risquerions de nous attacher au Vide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La n\u00e9gation deviendrait alors une nouvelle prison.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le zen ne nous invite pas \u00e0 d\u00e9clarer que l\u2019arbre n\u2019est qu\u2019une illusion. L\u2019arbre pousse, fleurit, souffre de la s\u00e9cheresse et peut \u00eatre abattu. Sa vacuit\u00e9 ne supprime ni sa pr\u00e9sence ni sa r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Vide v\u00e9ritable ne d\u00e9truit pas les formes. Il les d\u00e9livre seulement de l\u2019identit\u00e9 fixe que notre pens\u00e9e leur imposait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne faut donc demeurer ni dans l\u2019affirmation na\u00efve \u2014 \u00ab l\u2019arbre est une chose ind\u00e9pendante \u00bb \u2014 ni dans la n\u00e9gation \u2014 \u00ab l\u2019arbre n\u2019existe pas \u00bb. La voie s\u2019ouvre lorsque cette opposition elle-m\u00eame est d\u00e9pass\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arbre est vide pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est vivant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Lorsque l\u2019arbre redevient un arbre<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vient alors le troisi\u00e8me regard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir reconnu l\u2019arbre comme un \u00eatre de relations, nous pourrions \u00eatre tent\u00e9s de ne plus voir en lui qu\u2019un r\u00e9seau d\u2019\u00e9changes biologiques. Nous aurions remplac\u00e9 une repr\u00e9sentation par une autre : l\u2019objet isol\u00e9 serait devenu un syst\u00e8me complexe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le zen ne s\u2019arr\u00eate \u00e0 aucune explication.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque le regard cesse de d\u00e9composer, de d\u00e9finir ou d\u2019interpr\u00e9ter, l\u2019arbre redevient simplement un arbre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il se tient l\u00e0, vivant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019est plus seulement un objet plac\u00e9 devant nous. Il n\u2019est pas davantage l\u2019illustration d\u2019une doctrine sur l\u2019interd\u00e9pendance. Sa pr\u00e9sence pr\u00e9c\u00e8de toutes les explications que nous pouvons en donner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le regard ne cherche plus ce qui se cacherait derri\u00e8re lui. Il n\u2019oppose plus la forme au Vide, l\u2019apparence \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ou le sujet \u00e0 l\u2019objet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La premi\u00e8re fois, l\u2019arbre \u00e9tait enferm\u00e9 dans son nom.<br>La deuxi\u00e8me fois, le nom s\u2019est ouvert et l\u2019identit\u00e9 s\u00e9par\u00e9e s\u2019est dissoute.<br>La troisi\u00e8me fois, l\u2019arbre appara\u00eet dans sa simplicit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est de nouveau un arbre, mais il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi myst\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Revenir au monde<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La parole de Ch\u2019ing-yuan corrige ainsi une conception fr\u00e9quente de la spiritualit\u00e9. Le chemin int\u00e9rieur ne conduit pas n\u00e9cessairement hors du monde. Il ne demande pas de remplacer la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9sente par un univers pr\u00e9tendument sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La connaissance v\u00e9ritable ram\u00e8ne au quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience du Vide, il faut encore marcher, travailler, pr\u00e9parer un repas, \u00e9couter une personne ou prendre une d\u00e9cision. Mais ces actes peuvent d\u00e9sormais \u00eatre accomplis sans cette contraction int\u00e9rieure par laquelle le Moi cherche continuellement \u00e0 s\u2019affirmer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ici que le zen rejoint le non-agir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le non-agir n\u2019est pas l\u2019inaction. Il est une action d\u00e9livr\u00e9e de la volont\u00e9 crisp\u00e9e de tout contr\u00f4ler. L\u2019acte juste na\u00eet de la situation elle-m\u00eame, comme l\u2019arbre grandit sans former le projet de devenir un arbre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne cherche pas \u00e0 produire ses feuilles. Il ne retient pas celles qui doivent tomber. Il r\u00e9pond silencieusement \u00e0 la lumi\u00e8re, \u00e0 l\u2019eau et aux saisons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00eatre humain ne peut \u00e9videmment vivre exactement comme un arbre. Mais il peut retrouver cette disponibilit\u00e9 int\u00e9rieure : agir pleinement sans transformer chaque acte en affirmation de lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pr\u00e9sence ne consiste pas \u00e0 intensifier le Moi, mais \u00e0 apaiser le bruit par lequel il recouvre le monde.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">La voie directe<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les trois regards de Ch\u2019ing-yuan pourraient donner l\u2019impression d\u2019une progression r\u00e9guli\u00e8re : d\u2019abord la perception ordinaire, ensuite la dissolution des apparences, enfin l\u2019\u00e9veil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le zen se m\u00e9fie des chemins trop bien balis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les trois regards peuvent se succ\u00e9der dans un m\u00eame instant. \u00c0 chaque moment, nous pouvons enfermer une r\u00e9alit\u00e9 dans son nom, d\u00e9couvrir qu\u2019elle \u00e9chappe \u00e0 ce nom, puis la recevoir telle qu\u2019elle se pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La voie directe ne nous transporte pas vers une autre r\u00e9alit\u00e9. Elle nous apprend \u00e0 voir celle-ci sans l\u2019\u00e9cran de nos projections.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui est recherch\u00e9 ne se trouve donc pas dans un ailleurs inaccessible. Cela se tient d\u00e9j\u00e0 dans le bruissement d\u2019un arbre, le visage d\u2019un passant, le bruit d\u2019une porte ou la lumi\u00e8re sur une montagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, cette simplicit\u00e9 finale ne doit pas \u00eatre confondue avec la perception initiale. L\u2019enfant et le sage peuvent regarder le m\u00eame arbre, mais le sage a travers\u00e9 la s\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sa simplicit\u00e9 est une simplicit\u00e9 reconquise.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le monde retrouv\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au commencement, je regarde l\u2019arbre et je crois savoir ce qu\u2019il est.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis je d\u00e9couvre qu\u2019il ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9 de la terre, du ciel et de la vie qui circule en lui. L\u2019id\u00e9e d\u2019un objet autonome se dissout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, lorsque dispara\u00eet le besoin de choisir entre la forme et le Vide, entre l\u2019existence et la non-existence, l\u2019arbre se tient simplement devant moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre m\u00eame ne se tient-il plus v\u00e9ritablement \u00ab devant moi \u00bb, car la fronti\u00e8re entre celui qui regarde et ce qui est regard\u00e9 a perdu sa rigidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019arbre redevient arbre lorsque je cesse de lui demander de confirmer ma repr\u00e9sentation du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chemin ne nous conduit pas au-del\u00e0 du r\u00e9el. Il nous ram\u00e8ne au r\u00e9el, d\u00e9pouill\u00e9 de ce que nous avions projet\u00e9 sur lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La montagne est de nouveau une montagne.<br>La rivi\u00e8re est de nouveau une rivi\u00e8re.<br>L\u2019arbre est de nouveau un arbre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais celui qui les regarde ne se croit plus s\u00e9par\u00e9 de la Vie qui les traverse.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Cette page a \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par la m\u00e9ditation d\u2019Abdennour Bidar consacr\u00e9e \u00e0 Ch\u2019ing-yuan, publi\u00e9e dans <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/le-monde-des-religions\/article\/2026\/07\/30\/le-moine-zen-ching-yuan-ou-le-chemin-paradoxal-pour-etre-present-au-monde-les-petites-meditations-d-abdennour-bidar_6737047_6038514.html\">Le Monde des religions<\/a>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une parole attribu\u00e9e au ma\u00eetre chinois Ch\u2019ing-yuan Wei-hsin r\u00e9sume en quelques lignes l\u2019ensemble du chemin spirituel : Avant d\u2019\u00e9tudier le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-293","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/293","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=293"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/293\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":294,"href":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/293\/revisions\/294"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=293"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=293"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/pf.7gsoft.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=293"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}